La fête macabracadabra

Le travail de Beatrice Celli s’inspire de la culture populaire et mystique de Castelli son village dans les Abruzzes au Sud de l’Italie. La perspective depuis un pays étranger permet un autre point de vue, la possibilité d’une distance critique tout en étant intimement connecté à l’expérience affective de l’éloignement. Le paysage culturel des Abbruzzes est aujourd’hui très fragmenté, subissant encore les séquelles des séismes de 2009, aggravés par des épisodes de tremblements récents. Beaucoup d’habitations ont été détruites ainsi qu’une part importante du patrimoine architectural. La corruption et une inertie bureaucratique n’ont jamais permis une avancée réelle de la reconstruction. La conséquence est la désertion des villages et avec elle la déperdition des cultures vernaculaires.

Elle a ainsi revitalisé un rituel local contre le mauvais œil à partir des textes de l’anthropologue anglaise Estella Canziani (1887-1931), fille d’un immigré italien et artiste, une perspective similaire à la sienne. Jouant avec la perspective de l’anthropologue, elle a fait performer différents gestes en perte d’usage liés à la sorcellerie dans un espace d’exposition : Compter les poils d’un balai, trier des grains, planter un couteau dans un mur. Dans son installation Festa Macabracadabra, en cherchant à recréer l’atmosphère d’une fête de son village, elle a créé un rituel fictif où le spectateur prend la position d’un anthropologue devant décrypter la signification et les usages d’éléments votifs. Certains éléments appellent au folklore : on arrive par exemple à imaginer un arbre votif dans son installation de branches couvertes de rubans terminés par des lames de cutter ou encore des possibles poupées vaudous. Le folklore fictionnel est habité par une grande violence, comme la présence sourde d’un trauma. Une dynamique active de réparation d’une histoire à la fois individuelle et collective se met en place notamment à travers sa relation ambiguë à l’anthropologie.

Barbara Siriex